Édito - Il faut le dire

Une drôle de coalition qui boude le CNT

La façon cavalière dont le Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) mène la transition ne fait pas plaisir-loin s’en faut- à la classe politique et à certaines organisations de la société civile notamment les deux plus grandes centrales syndicales du pays qui se retrouvent pour une fois dans une même coalition. Si on peut dire que l’attitude de la CSTM est cohérente, car elle a toujours été du côté du M5-RFP, un observateur comprendrait moins celle de la plus grande centrale l’UNTM, qui durant toute l’insurrection populaire a gardé un profil bas. Même ses militants comprendraient mal ; la prise de décision soudaine de ses dirigeants d’aller en grève contre un régime qui n’a pas encore 100 jours : le CNSP aura ses 100 jours le mercredi prochain, c’est à dire le 25 novembre2020.

Les jeunes officiers du CNSP ont vite compris que même le M5-RFP qui leur a permis de parvenir, était un mouvement disparate, hétéroclite, très peu cohérent, et n’ayant aucune stratégie bien élaborée. L’après IBK, n’avait pas été préparé par les meneurs de l’insurrection populaire. Seul leur guide moral l’imam savait où il allait : la preuve, le CNSP a compris qu’il était le mobilisateur principal du M5 et qu’il était incontournable ; c’est pourquoi, l’Imam est devenu pour la junte le principal sinon l’unique interlocuteur. Par ailleurs dans le nouveau gouvernement, il y aurait au moins trois départements dont celui de la refondation de l’Etat confiés à des membres de l’EMK de Cheick Oumar Sissoko, coalition autour de laquelle s’est bâti le M5-RFP. Il serait difficile que cette coalition se mette à saborder le gouvernement. Ôter la CMAS de l’Imam et l’EMK de Cheick Oumar Sissoko du M5-RFP, on voit mal comment le M5 malgré l’arrivée de la CODEM, COFOD et autres UNTM, CSTM pourrait déstabiliser le CNSP. Ajouter à cela que le peuple malien est las de l’instabilité, il préfère souffler un peu avant de reprendre la rue.

S’il est vrai que le CNSP agit comme s’il est le seul tombeur du régime IBK, la faute incombe aux forces politiques qui n’ont pas pu et ou su, se souder, se fixer ne serait-ce qu’un minimum de programme commun et maintenir la pression jusqu’à la réalisation de ce programme. Mais après la démission du président IBK, tout le monde s’est précipité vers les nouveaux « héros » pensant avoir leur faveur. Conséquence : le M5 originel est bien mort de sa belle mort. C’est dire que c’est une vaine tentative que de vouloir regrouper des structures encore plus hétérogènes que celles du M5.

Mais attention, cela ne veut pas dire que l’esprit du M5, qui consiste à défier toute mauvaise gouvernance est mort, au contraire ! Le CNSP doit savoir que le peuple malien l’observe et il se lèvera comme un seul homme dès qu’il comprendra que ses dirigeants ne font pas ce qu’ils disent. Bientôt les 100 jours et pour le moment, il n’y a apparemment aucun acte posé qui donne à espérer.

Gageons que dans les semaines à venir, le CNSP posera des actes qui permettront au peuple malien d’avoir des arguments pour l’accompagner au lieu de douter de sa bonne foi dans son désir de refonder l’état malien, qui en a tant besoin.

…sans rancune

Wamseru A. Asama

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