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Mali : une approche plus pragmatique de l’action sécuritaire est nécessaire.

L’insécurité est la source principale de la dislocation d’une nation.

La crise que traverse le Mali contemporain depuis bientôt 10 ans, a révélé la fragilité de tout notre système de gouvernance et même de l’existence de notre nation. En effet, si l’on considère la nation comme une construction politique, dont la fonction primordiale est de garantir la cohésion sociale et de faire respecter l’autorité de l’Etat, la crise dans laquelle nous végétons a montré la limite de la construction de cet artefact que nous avons entreprise depuis plus d’un demi-siècle. En plus de garantir la cohésion sociale, la notion de nation comporte l’idée du respect de l’autorité de l’Etat. Et, celle-ci ne peut être obtenue sans l’existence d’une sécurité pour tous. Cette sécurité pour tous, fait partie d’un ensemble complexe de liens qui fondent la sensation, la perception, d’une appartenance commune de destin des individus d’une nation : le sentiment national. C’est pour cette raison que cette absence de sécurité, c’est-à-dire l’insécurité est la source principale de la dislocation d’une nation.

« Attaque ton ennemi quand il n’est pas préparé, apparais quand tu n’es pas attendu ».

Il est inutile d’épiloguer sur les causes de la déliquescence de notre système de sécurité, on les a suffisamment analysées. A notre avis, ce qui importe aujourd’hui, face à la situation actuelle, que faut-il faire pour ramener la paix dans notre pays ?

Jusqu’ici, nous avons confié notre sécurité exclusivement aux forces professionnelles : armée nationale, gendarmerie nationale, garde nationale, police nationale, forces armées étrangères pour ne pas dire alliées parmi lesquelles, l’armée française considérée comme l’une des cinq plus puissantes armées au monde ! Malgré la présence de cette armada de puissances de feu, au Mali, la situation sécuritaire est allée de mal en pis. Et aujourd’hui presque tout le pays est dans l’insécurité. Dans les régions de Mopti et dans une bonne partie de la région de Ségou, poumons économiques de l’économie malienne, paysans et éleveurs n’arrivent pas à s’adonner à leurs activités. Le lundi 25 janvier 2021, dans son édition du 20 H, l’ORTM nous a montré une image à la fois ubuesque et pitoyable : des paysans encadrés par les FAMA afin de les permettre de récolter ! Dans certains endroits, les champs ont été brûlés. Ailleurs, on n’a pas pu planter à fortiori penser à récolter !

Et, pour masquer leur vacuité stratégique, nos généraux disent qu’ils sont devant une guerre asymétrique ! Comme si dès le départ ils ne savaient pas qu’ils n’avaient pas en face une armée d’un état, c’est-à-dire que la guerre qu’ils mènent n’était point dissymétrique.

En effet, aujourd’hui, nous avons à faire à des groupes mobiles sur des véhicules tous-terrains, autos ou motos, guidés par des autochtones connaissant bien le terrain. Ils ont des connexions internationales et prétendent agir au nom des plus grandes organisations terroristes mondiales ou zonales : DAESH, AQMI, GSIM, EIGS, BOKO HARAM, etc. La plupart de ces individus ont été « formatés » pour mourir. C’est dire que pour atteindre leur cible, ils n’hésiteront en aucun moment : ce sont des kamikazes. Le but ultime de leurs commanditaires, c’est de semer le chaos afin d’en tirer qui, des biens matériels, qui, d’assouvir leur rêve d’ériger un sultanat, une république islamique, et pour les plus naïfs d’entre eux, être hôtes de l’Eden, le paradis promis par leurs gourous qui, eux ne prennent jamais le risque de se trucider à l’aide d’une bombe ou au front.

 Nous remarquons qu’ils s’attaquent de plus en plus aux forces armées et que nos soldats sont le plus souvent surpris. Ils appliquent la stratégie de guerre du chinois Sun Tzu (stratège chinois du VIe siècle avant J.C) qui recommande : « Attaque ton ennemi quand il n’est pas préparé, apparais quand tu n’es pas attendu ». Malheureusement notre armée réagit comme une armée qui ne connait pas son ennemi d’en face, corroborant ainsi cette autre citation du même Sun Tzu : « Si tu ne connais ni ton adversaire ni toi-même, à chaque bataille tu seras vaincu ».

La défense du territoire national revient d’abord aux maliens.

Face à cette nouvelle donne, il faudrait leur opposer des forces connaissant aussi le terrain, et il n’y a pas mieux que ces groupes d’autodéfenses, méchamment appelés milices. Sans mettre en doute l’efficacité de toutes ces forces conventionnelles sur le terrain de guerre, la défense du territoire national revient aux maliens d’abord. En cela, c’est l’Etat-Major des FAMA qui doit être en première ligne. C’est lui qui est censé connaître le terrain et élaborer sa stratégie qu’il devrait partager avec les autres. Une guerre ne se gagne pas seulement par la puissance de feux, elle se gagne aussi et surtout par les renseignements, la connaissance du terrain et la motivation des combattants. Dans ces domaines les FAMA ont intérêt à collaborer fortement avec les groupes d’auto-défense. Elles devraient à notre avis les encadrer, les équiper en deux roues et en armes modernes comme les terroristes et pourquoi pas les intégrer dans leur rang ? Dans la tradition guerrière au Sahel, en cas de guerre tous les jeunes valides se mobilisaient pour le combat. C’est dire que les populations sont psychologiquement prêtes à ce sacrifice ultime pour la défense de leur terroir.  Ce n’est pas un hasard si, dès que les violences se soient accentuées et en l’absence des forces de sécurité, des groupes d’auto-défense se soient constituées : ce sont les réminiscences du passé enfouies dans la mémoire collective qui ont émergé. On comprend alors que tout gouvernement malien qui parle de désarmer les chasseurs reste en déphasage avec les populations. Le gouvernement du Burkina Faso l’a bien compris, et a eu le courage politique de faire voter une loi sur le volontariat.

Notre paresse intellectuelle et notre « mentalité de dépendance » font qu’on crie comme les autres : « Il faut désarmer toutes les milices ! »  Nous devrions nous ressaisir et avoir le courage de nous réapproprier des bonnes traditions de notre peuple tout en les actualisant, notamment dans le domaine de la sécurité.

Parallèlement, à la formation de ces vigiles locaux, les FAMA devrait continuer à former des agents aussi bien dans des interventions spéciales que dans le renseignement afin de déjouer et d’annihiler toute tentative de nuisance des forces du mal, car comme le dit le sage chinois Sun Tzu : « « Une armée sans agents secrets est exactement comme un homme sans yeux ni oreilles. » Ces unités de renseignement seront dans les villages et hameaux comme des poissons dans l’eau en collaboration directe avec les vigiles du village.

Repenser notre sécurité en termes de participation populaire

Si l’avenir du Mali dépend de sa sécurité, cette période de crise aigüe que nous subissons, devrait nous inciter à repenser notre sécurité en termes de participation populaire, seul moyen d’éviter l’effritement de notre nation, et surtout un moyen sûr de refondation et de renforcement d’un sentiment d’une appartenance à un destin commun pour tous les maliens. Cette crise donne l’opportunité à notre peuple, de bâtir une véritable armée nationale moderne comme le rêvait le père de l’indépendance le Président Modibo Keïta à l’occasion du 5ème anniversaire de la fête de l’Armée le 20 janvier 1965 : « C’est pourquoi, il faut à nos officiers et à nos cadres militaires, en ce qui les concerne, des connaissances scientifiques, culturelles, et techniques, de toutes sortes en plus de leur connaissance sur les lois de la guerre moderne. » (Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djikoroni : Modibo Keïta, Discours et interventions / Edition La Ruche à livres 2015 / page 411)

Hamidou Ongoïba

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