Édito - Il faut le dire

Auscultation du Manifeste de l’Imam Mahamoud Dicko

La publication du « Manifeste pour la refondation » par l’Imam Mahamoud Dicko, dénote que le « faiseur des rois », mais aussi « le tombeur des rois » au Mali depuis une dizaine d’années a repris du service. Mettant à profit son voyage en Arabie que ses thuriféraires ont qualifié d’exceptionnel, il a, malgré l’état d’urgence décrété par les autorités, savamment organisé son retour avec un accueil triomphal digne d’un général romain au faîte de sa gloire. N’est-ce pas une façon de lancer un message non seulement aux autorités en place mais aussi à ses anciens compagnons de lutte que sont les membres du M5-RFP et aussi aux occidentaux, pour leur notifier que la période sabbatique qu’il s’était donnée est arrivée à terme et qu’il reprend du service ?

 Il n’est donc pas étonnant que, quelques semaines après son retour, l’homme qui est « sans agenda caché, ni ambition personnelle ou intérêt partisan » (sic) publie un manifeste qui est en fait un guide pour ses partisans.  A l’analyse, ce manifeste, nous révèle que du point de vue contenu, il n’y a presque rien de nouveau, sinon que l’aveu public qu’il fait de s’être « souvent trompé en soutenant des hommes qui, guidés par des intérêts égoïstes et matérialistes n’ont pas su incarner le changement du Mali tant souhaité ». Ces propos sont-ils l’expression d’un regret sincère ou d’un stratagème ? Mais alors pourquoi donc publier ce manifeste serait-on tenté de dire ? En grand communicateur, l’Iman a compris que pour un message donné, suivant l’objectif à atteindre, la forme est aussi importante, sinon plus importante que le contenu. Et dans ce cas, la priorité » a été donnée à la forme plutôt qu’au contenu. Essayons d’y voir plus clair.

D’abord, ce manifeste ressemble à un discours de campagne électorale et plus précisément à un discours de déclaration de candidature car on y retrouve pèle-même : ambition pour le Mali et appel à ses côtés des maliens pour agir, des promesses répétées : « je m’engage à… » (six fois dans le texte) mais aussi une volonté de paraître humble : « Je me suis trompé. Je le regrette sincèrement », « Je suis à vos côtés » etc. Par ailleurs, il faut noter que pour les spécialistes de l’analyse des discours et de la rhétorique, l’usage des pronoms concourt à construire l’éthos c’est à dire l’image de soi que le locuteur veut donner à son public. C’est ainsi que pour eux, l’emploi en grand nombre du « je » sujet, donne une impression d’autorité forte, volontariste. Or, la lecture du manifeste nous révèle d’emblée l’usage immodéré du pronom personnel « je », presqu’une trentaine de fois ! Est-ce à dire que notre Imam qui dit s’être trompé dans le choix des hommes qu’il a soutenus, a Koulouba dans sa ligne de mire ?

 En tout cas, l’auscultation de ce manifeste n’indique nulle part, qu’il n’a pas d’ambition présidentielle et par conséquent, la probabilité est assez grande pour qu’il figure dans le groupe qui sera dans les starting-blocks pour partir à l’assaut de Koulouba dans les mois à venir.

 …sans rancune

Wamseru A. Asama

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