Édito - Il faut le dire

Il faut le dire…

ʺLa bouche qui mange ne parle pasʺ

Dans les démocraties occidentales, il n’est pas rare de voir un ministre démissionner dès qu’il n’est pas d’accord avec la politique menée par le Président de la République ou le Premier ministre. Dans ce domaine, un homme politique français, Jean Pierre Chevènement s’est fait remarquer en démissionnant à trois reprises : 1983, 1991 et 2000. Mais plus que ses multiples démissions, ce qui a donné une certaine célébrité à Jean Pierre Chevènement, c’est cette phrase sublime qu’il aurait prononcée sous le président François Mitterrand en 1983, en démissionnant : ʺUn ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule ». Voilà une phrase qui a fait florès dans la presse française dans les années 1980 et qui est souvent rappelée par les journalistes dès qu’un ministre démissionne par suite d’un désaccord politique.

Qu’en est-il chez nous de la démission d’un ministre ? Le phénomène est si rare qu’on n’en parle presque pas : c’est dire que chez nous, le ministre « ça ferme toujours la gueule ! » C’est pourquoi, un président africain ne se soucie jamais de l’opinion d’un ministre dans la conduite de sa politique. Il lui arrive quelques fois d’être surpris par des mouvements sociaux : manifestations politiques ou d’étudiants, grèves des travailleurs, etc. Alors pour satisfaire ou distraire l’opinion publique et suivant le degré du mouvement de contestation, il procède à un remaniement plus ou moins important de son gouvernement. Dans le pire des cas, il remercie la majorité des ministres souvent les meilleurs d’entre eux et fait appel aux éléments les plus radicaux parmi les activistes sans ne se préoccuper ni de leur profil ni de leur moralité. Suite à cela, une accalmie relative s’observe dans la vie politique et sociale du pays. Vous ne douterez pas que ceux criaient fort hier deviennent tout – à – coup aphones. Pendant ce temps, les ministres congédiés se retrouvent là, rejetés comme des peaux de bananes, oisifs et décrédibilisés auprès de l’opinion publique : ils se sont fait griller. Pour le président, l’adage selon lequel « La bouche qui mange ne parle pas » reste toujours efficace pour résoudre les crises sociales.

Si on examine les actes que posent les autorités de transition, tout laisse croire qu’elles sont aussi des adeptes de l’adage « La bouche qui mange ne parle pas ». En effet, ce que certains journalistes appellent la « katisation » ou la « kakisation » du pouvoir n’est-elle pas une manière de fermer la bouche à leurs frères d’armes seuls capables de les nuire ? De même, il semble que la création du Comité d’Orientation Stratégique sur les Réformes Politiques et Institutionnelles par le décret N°2021- 0190 / PT-RM du 31 mars 2021 et la nomination prochaine de ses 50 membres a pour principal objectif de « faire manger beaucoup de bouches », sinon comment expliquer la création de ce comité sachant qu’il existe un ministère de la Refondation de l’État chargé des Relations avec les institutions ?

Il est vrai que « la bouche qui mange ne parle pas », mais les autorités de transition pourront-elles faire manger assez de bouches afin qu’on ne parle plus ?

…sans rancune

Wamseru A. Asama

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