VIVIANE MINA SIDIBÈ, ACTRICE MALIENNE : « Faisons de la culture un espace de dialogue et de paix, pour un Mali uni, solidaire et fier de sa diversité »

Actrice de cinéma, présentatrice et communicante, Viviane Mina Sidibé, connue sous le nom de ViMiSi, revient sur son parcours artistique, les défis du cinéma malien et la place des femmes dans l’industrie cinématographique. À travers cet entretien, elle évoque ses expériences, ses inspirations et ses ambitions, tout en plaidant pour une meilleure structuration du secteur. Elle considère notamment la culture comme un puissant instrument de dialogue, de paix et de cohésion sociale.
Question : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs, s’il vous plaît ?
Viviane Mina Sidibé : Je suis Viviane Mina SIDIBÉ, connue sous le nom de ViMiSi, artiste, communicante et citoyenne engagée. Actrice et présentatrice malienne, je mets ma passion pour le cinéma et la communication au service de la culture, de la paix, de la cohésion sociale et de la valorisation de nos valeurs. À travers mon parcours professionnel et mes actions citoyennes, je souhaite contribuer positivement à ma communauté et faire entendre des messages qui rapprochent les personnes.
Question : Comment est née votre vocation d’actrice ? Quel a été le déclic ?
Viviane Mina Sidibé : Ma passion pour la comédie est née au lycée, lorsque j’ai intégré une troupe théâtrale. Le comédien Massa Coulibaly a ensuite remarqué mon talent et m’a présentée au Centre national de la cinématographie du Mali (CNCM). Autodidacte en art dramatique, j’ai beaucoup appris par la pratique, l’observation et l’expérience. Peu à peu, cette passion est devenue mon métier.
Question : Qu’est-ce qui vous a poussée à vous engager dans le cinéma ?
Viviane Mina Sidibé : C’est d’abord l’amour de l’art et de l’interprétation. Le cinéma me permet de donner vie à des histoires, d’explorer les émotions humaines et de raconter nos réalités. J’y vois aussi un moyen de préserver notre mémoire culturelle et de susciter la réflexion. Pour moi, être actrice, c’est contribuer à une œuvre qui peut toucher le public et laisser une empreinte.
Question : Quel regard portez-vous sur le chemin parcouru depuis vos débuts ?
Viviane Mina Sidibé : Je regarde le chemin parcouru avec gratitude. Depuis mes débuts, j’ai pu évoluer au cinéma comme à la télévision et développer mes compétences en présentation et en communication. Les distinctions reçues, notamment au Festival de Bujumbura en 2013 et au Festival Écrans Noirs en 2014, ont été des encouragements importants. Je suis fière du parcours accompli, tout en sachant que j’ai encore beaucoup à apprendre et à construire.
Question : Vous avez joué dans Toiles d’araignées d’Ibrahima Touré. Que représente ce film pour vous ?
Viviane Mina Sidibé : Toiles d’araignées occupe une place particulière dans mon parcours : ce long métrage m’a permis de tenir un rôle principal en 2009 et a marqué une étape importante de mon évolution. La mention spéciale du jury reçue au Festival de Bujumbura en 2013 pour mon interprétation reste une reconnaissance précieuse. Ce film me rappelle aussi la responsabilité de servir une histoire avec sincérité et engagement.
Question : Parmi vos rôles, lequel vous a le plus transformée, et pourquoi ?
Viviane Mina Sidibé : Mon rôle principal dans Toiles d’araignées compte parmi les plus marquants, car il a représenté une étape importante de ma carrière. Mais chaque personnage m’apprend quelque chose : il m’invite à sortir de mes habitudes et à explorer d’autres émotions et réalités. J’essaie donc de ne pas me répéter et d’aborder chaque rôle avec sincérité.
Question : Quelle relation entretenez-vous avec les réalisateurs avec lesquels vous avez travaillé ?
Viviane Mina Sidibé : Je considère cette relation comme une collaboration fondée sur la confiance, l’écoute et le respect. Le réalisateur porte une vision de l’œuvre, tandis que l’actrice apporte sa sensibilité et son interprétation. Mes expériences, notamment avec Ibrahima Touré et Cheick Oumar Sissoko, m’ont appris combien le dialogue et le professionnalisme sont essentiels pour servir un projet.
Question : Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez été confrontée en tant que femme dans ce métier ?
Viviane Mina Sidibé : Comme dans beaucoup de métiers artistiques, il faut de la patience, de la persévérance et une capacité constante à apprendre. La place accordée aux femmes et la reconnaissance de leur travail restent aussi des sujets importants. Je souhaite que les actrices soient reconnues pour leur talent, leur professionnalisme et leur contribution, au-delà de leur apparence ou des préjugés.
Question : Avez-vous dû vous battre davantage que vos collègues masculins pour obtenir des rôles ou être respectée ?
Viviane Mina Sidibé : Il est difficile de comparer les parcours sans tenir compte de chaque situation. Mais l’égalité des chances et la reconnaissance du travail des femmes méritent toute notre attention. Comme tout professionnel, une actrice doit démontrer ses capacités et construire sa crédibilité. J’aspire à un milieu où chacun est évalué avec justice, selon son talent, son sérieux et la qualité de son travail.
Question : Comment conciliez-vous votre vie de femme, votre vie familiale et votre carrière ?
Viviane Mina Sidibé : Cet équilibre demande de l’organisation, des choix et une bonne connaissance de ses priorités. Les métiers artistiques peuvent être exigeants, avec des horaires variables et des déplacements. J’essaie d’accorder à chaque responsabilité l’attention qu’elle mérite. Je crois surtout qu’une femme ne devrait pas avoir à renoncer à ses ambitions professionnelles pour répondre aux attentes de la société.
Question : Comment la société malienne perçoit-elle les femmes qui exercent ce métier ?
Viviane Mina Sidibé : Les perceptions varient selon les milieux et les générations. Si beaucoup reconnaissent la contribution des actrices à la culture, des préjugés existent encore. Il est important de mieux faire connaître la réalité de notre travail : préparation, répétitions, interprétation et responsabilités. Le dialogue et la qualité de nos productions peuvent aider à renforcer la reconnaissance du cinéma et de celles et ceux qui le font vivre.
Question : Que diriez-vous à ceux qui pensent que le cinéma n’est pas un métier respectable pour une femme ?
Viviane Mina Sidibé : Je leur dirais que le cinéma est un véritable métier qui demande des compétences, de la discipline, de la créativité et des sacrifices. Une femme qui l’exerce avec sérieux mérite le respect, comme toute personne qui travaille honnêtement. J’aimerais que les jeunes filles puissent choisir leur avenir selon leurs talents et leurs aspirations, sans être limitées par des préjugés.
Question : Quelles actrices, quels acteurs et quels cinéastes maliens vous ont inspirée ?
Viviane Mina Sidibé : Le cinéma malien est riche de talents qui ont contribué à son histoire et à son rayonnement. Parmi les réalisateurs que je souhaite citer figurent Ibrahima TOURÉ, Cheick Oumar SISSOKO, feu Souleymane CISSÉ et feu Ladji DIAKITÉ, des noms importants dans mon histoire professionnelle. Je tiens également à saluer les acteurs Massa COULIBALY, Habib DEMBELÉ, Hamadoun KASSOGUÉ, Fily TRAORÉ et Boubacar Belco DIALLO. Du côté des actrices, je citerais avec beaucoup de respect Fatoumata TRAORÉ, feue Maïmouna Hélène DIARRA, Fanta BERETÉ, Maïmouna DOUMBIA, Kounandi SIDIBÉ, Diahara SANOGO et Penda DIAKITÉ. Leur travail participe à la richesse et à la diversité de notre patrimoine cinématographique.
Question : Quelles sont, selon vous, les forces et les faiblesses du cinéma malien actuel ?
Viviane Mina Sidibé : Notre grande force est la richesse de nos histoires, de nos langues, de nos cultures et de nos réalités humaines. Nous avons des talents devant et derrière la caméra. Parmi les défis, je citerais le financement, les moyens de production, la distribution et l’accès du public aux œuvres. Il faut aussi renforcer la formation et les opportunités professionnelles afin que le cinéma malien puisse se développer durablement.
Question : Les plateformes numériques et les festivals sont-ils des opportunités pour le cinéma malien ?
Viviane Mina Sidibé : Oui. Les festivals favorisent la découverte des œuvres, les rencontres professionnelles et les collaborations. Les plateformes numériques permettent de toucher des publics plus larges, au Mali comme à l’étranger. Il faut toutefois veiller à protéger les œuvres et à assurer une juste rémunération des créateurs. La visibilité doit aussi contribuer au développement durable de notre industrie.
Question : Le cinéma peut-il contribuer à l’émancipation des femmes ? De quelle manière ?
Viviane Mina Sidibé : Oui, en donnant aux femmes la possibilité de raconter leurs histoires, de faire entendre leurs voix et de remettre en question certains préjugés. Cela suppose des personnages féminins variés et crédibles, mais aussi davantage de femmes dans la réalisation, la production et l’écriture. Le cinéma peut ainsi participer à une représentation plus juste des femmes dans la société.
Question : Quels sont vos espoirs pour l’avenir du cinéma malien ?
Viviane Mina Sidibé : J’espère voir un cinéma malien mieux structuré, mieux financé et capable de faire rayonner nos histoires au Mali, en Afrique et dans le monde. Je souhaite que les professionnels travaillent dans de meilleures conditions, que les jeunes talents aient davantage d’occasions et que nos films trouvent leur public. Le cinéma doit être reconnu comme une force culturelle et économique, porteuse d’emplois, de mémoire et de dialogue.
Question : Que conseilleriez-vous à une jeune fille qui rêve de devenir actrice ou réalisatrice ?
Viviane Mina Sidibé : Je lui dirais de croire en son potentiel, tout en sachant que le talent demande du travail, de la discipline et de la patience. Mon parcours autodidacte m’a appris l’importance de l’expérience, mais aussi la valeur de la formation continue. Qu’elle préserve ses valeurs, accepte les critiques constructives et ne se décourage pas devant les refus. Il faut rêver grand, se préparer sérieusement et continuer à progresser.
Question : Quel est votre prochain projet ?
Viviane Mina Sidibé : Mon parcours se poursuit entre le cinéma, la télévision, la présentation et la communication. En 2026, j’ai notamment participé à la série Les Mariés du hasard, saison I, ainsi qu’à Seko Boiré, saison III. Je souhaite continuer à explorer des rôles différents et à participer à des productions de qualité. Pour un projet encore non annoncé officiellement, je préfère attendre le moment approprié avant d’en dévoiler les détails.
Question : Avez-vous un message à lancer ?
Viviane Mina Sidibé : Je remercie toutes les personnes qui m’ont accompagnée, les professionnels du cinéma, les équipes avec lesquelles j’ai travaillé, les médias et le public qui me soutient. Merci également à Edicom Le Républicain pour cet espace d’expression. À la jeunesse et aux artistes maliens, je souhaite transmettre un message de persévérance, de solidarité et de confiance en nos talents. Faisons de la culture un espace de dialogue et de paix, pour un Mali uni, solidaire et fier de sa diversité.
Propos recueillis par Siaka Coulibaly
Contribution extérieure à Delta-News.



