FEMMES RURALES AU MALI : DE LA TERRE À L’AUTONOMIE, ELLES CULTIVENT L’AVENIR

Elles travaillent la terre, produisent, transforment et contribuent à nourrir les populations. Pourtant, les femmes rurales restent confrontées à de nombreux obstacles dans le secteur agricole. À Kalaban-Coro et dans d’autres localités du Mali, des initiatives portées par des femmes montrent que l’accès à la terre, la formation, l’organisation collective et l’accompagnement peuvent transformer leurs conditions de vie et renforcer leur autonomie économique.
Le soleil est déjà haut dans le ciel de Kalaban-Coro, ce jeudi 29 octobre 2026. Sur son espace de production agricole, une jeune ingénieure agronome accueille ses collaborateurs avec le sourire. Autour d’elle, les échanges portent sur les prochaines activités de terrain. À 31 ans, cette entrepreneure a fait de l’agriculture une vocation et de l’accompagnement des femmes rurales une priorité.
Dans les campagnes maliennes, les femmes occupent une place essentielle dans les activités agricoles. Elles participent aux semis, à l’entretien des cultures, aux récoltes, à la transformation et à la commercialisation des produits. En plus de ces responsabilités, beaucoup assument une grande partie des charges familiales. Pourtant, leur contribution reste confrontée à des difficultés persistantes : accès limité à la terre, manque de financement, insuffisance d’équipements, faible accès aux formations techniques et difficultés d’accès aux marchés.
Face à ces obstacles, certaines femmes choisissent de prendre leur avenir en main. Elles s’organisent, développent leurs propres activités et recherchent des solutions pour améliorer leurs conditions de production.
De la passion agricole à la transmission du savoir
Pour cette jeune ingénieure agronome, l’agriculture est avant tout une histoire de passion et de persévérance. Ses premiers pas dans le domaine remontent au terrain familial, où elle a découvert les réalités du travail agricole. Avec le temps, elle a entrepris des démarches pour disposer de son propre espace de production.
« Mon parcours a commencé sur le terrain de mon père, où j’ai fait mes premiers pas dans l’agriculture. Par la suite, grâce à des démarches administratives et à beaucoup de persévérance, j’ai pu obtenir mon propre terrain de production agricole », raconte-t-elle.
Aujourd’hui, cette promotrice d’une organisation agricole ne se limite plus à la production. Elle met également son expérience au service des femmes et des jeunes. Sa structure les accompagne dans la pratique du maraîchage bio-intensif en sol vivant et encourage l’adoption de techniques agroécologiques respectueuses de l’environnement.
« Malgré les défis auxquels les femmes sont confrontées, il est possible d’avancer lorsque l’on est déterminé et que l’on bénéficie d’un accompagnement adapté », affirme-t-elle.
Son organisation bénéficie de l’appui de plusieurs partenaires qui contribuent à la formation des jeunes, au renforcement des capacités des maraîchers et au développement des activités agricoles. Cet accompagnement permet notamment d’améliorer les pratiques de production et de renforcer les compétences des femmes rurales.
Cependant, les besoins restent importants. Le manque d’équipements agricoles, de systèmes d’irrigation, d’unités de transformation après récolte, de magasins de stockage et d’infrastructures de formation limite encore les possibilités de développement.
« Nous avons besoin de davantage de matériel pour améliorer notre production et élargir nos actions de formation », plaide-t-elle, en appelant les partenaires techniques et financiers à soutenir davantage les initiatives agricoles portées par les femmes.
Son expérience montre qu’avec un accès sécurisé à la terre, des formations adaptées et des moyens de production suffisants, les femmes peuvent développer des exploitations viables et contribuer davantage au développement de leurs communautés.
L’accès à la terre, une longue bataille pour les femmes
Si le parcours de cette jeune entrepreneure illustre les possibilités offertes par la formation et l’initiative individuelle, celui d’une enseignante à la retraite, devenue agricultrice depuis plus de quinze ans, rappelle que l’accès des femmes à la terre a longtemps été marqué par des résistances sociales.
Elle se souvient des préjugés auxquels étaient confrontées les femmes qui revendiquaient leur droit à disposer de terres agricoles.
« L’accès à la terre a été une lutte de longue haleine. On nous traitait de sorcières. On disait que nous voulions manger les hommes », témoigne-t-elle.
Dans ce contexte difficile, une opportunité va contribuer à changer la situation. Lors de la mise en œuvre d’un projet d’aménagement d’une plaine rizicole de plus de 300 hectares, les bailleurs de fonds demandent que 10 % des superficies soient réservées aux femmes.
Saisissant cette occasion, l’agricultrice mobilise les femmes de son quartier avec le soutien de l’administration. Cette mobilisation collective leur permet d’obtenir une première superficie destinée à leurs activités agricoles.
« Nous avons obtenu trois hectares répartis entre trois associations féminines. C’est ainsi que notre aventure a commencé », se souvient-elle.
Au fil des années, plusieurs partenaires, dont l’Initiative intégrée pour la croissance économique au Mali (IICEM) et le Projet d’appui à la sécurité alimentaire et à la résilience (ProSAR/GIZ), ont accompagné les femmes à travers l’aménagement d’un périmètre agricole qui continue aujourd’hui d’être exploité.
Cette expérience montre que l’organisation collective et le plaidoyer peuvent ouvrir des possibilités d’accès à la terre. En se regroupant au sein d’associations, les femmes peuvent mieux défendre leurs intérêts, mutualiser leurs efforts et saisir des opportunités de production.
Investir dans les femmes pour transformer l’agriculture
Les deux expériences racontent une même réalité : les femmes rurales ne sont pas seulement des participantes aux activités agricoles. Elles sont aussi des productrices, des entrepreneures, des formatrices et des actrices du développement local.
Leurs parcours montrent que plusieurs solutions peuvent contribuer à renforcer leur place dans le secteur agricole : faciliter l’accès à la terre, améliorer les possibilités de financement, développer les formations techniques, mettre à disposition des équipements adaptés et favoriser l’accès aux marchés.
La transformation et le stockage des produits agricoles constituent également des enjeux importants. Disposer de moyens pour conserver et valoriser les récoltes peut permettre aux productrices de limiter les pertes après récolte et d’améliorer leurs revenus.
L’accompagnement des organisations féminines, la mise en réseau des productrices et le soutien des partenaires techniques et financiers peuvent ainsi renforcer les initiatives déjà engagées sur le terrain.
Toutefois, ces efforts nécessitent un engagement durable des acteurs publics, des collectivités, des organisations paysannes et des partenaires au développement. L’accès des femmes aux ressources productives doit devenir une réalité, au-delà des déclarations de principe.
La terre, un levier d’autonomie et de résilience
À Kalaban-Coro comme dans les plaines rizicoles, les expériences de ces femmes montrent que les agricultrices disposent de compétences et d’une capacité d’initiative qui méritent d’être davantage reconnues et soutenues.
Leur engagement contribue non seulement à l’amélioration des revenus des ménages, mais aussi à la formation des jeunes, à la sécurité alimentaire et à la promotion de pratiques agricoles plus respectueuses de l’environnement.
Investir dans les femmes rurales, c’est donc investir dans l’avenir de l’agriculture malienne. Cela suppose de leur donner les moyens de produire, de transformer, de commercialiser et de participer pleinement aux décisions qui concernent le secteur agricole.
Car lorsqu’une femme accède à la terre, aux compétences et aux ressources nécessaires, elle ne cultive pas seulement des produits agricoles : elle fait grandir son autonomie, soutient sa communauté et contribue à construire une agriculture malienne plus inclusive et plus résiliente.
H.S.Niangaly



