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Mali : quand les jeunes deviennent des bâtisseurs de paix

Face à l’insécurité, aux discours de haine et à la désinformation, des jeunes Maliens s’engagent pour promouvoir le dialogue, prévenir les conflits et renforcer la cohésion sociale. À travers des initiatives communautaires, des actions de médiation et des campagnes de sensibilisation, ils contribuent, souvent loin des projecteurs, à bâtir les fondements d’une paix durable. Alors que le Mali reste confronté à de nombreux défis sécuritaires et sociaux, une partie de sa jeunesse fait le choix de l’engagement citoyen.

Dans plusieurs localités, des jeunes sensibilisent les populations, facilitent le dialogue entre les communautés, participent à la médiation des conflits et organisent des activités destinées à consolider le vivre-ensemble.Pour ces artisans de la paix, celle-ci ne se limite pas à l’absence de violences. Elle se construit au quotidien, grâce à l’écoute, au respect mutuel, à la solidarité et à la recherche de solutions pacifiques aux différends.

Des jeunes au cœur de la prévention des conflits

Pour Adam Dicko, directrice exécutive de l’Association des jeunes pour la citoyenneté active et la démocratie au Mali (AJCAD), les jeunes ne doivent plus être considérés comme de simples victimes ou témoins des crises. Ils peuvent également contribuer activement à leur prévention et à leur résolution. « Au-delà des discours, plusieurs initiatives portées par les jeunes démontrent que leur engagement contribue concrètement à la prévention des conflits. Pour AJCAD, les jeunes sont de véritables acteurs de solutions », affirme-t-elle.

Dans cette perspective, l’organisation accompagne les jeunes afin de renforcer leurs capacités de leadership, leur participation citoyenne et leur aptitude à mobiliser leurs communautés autour du dialogue et de la prévention de la violence. Parmi les actions engagées figurent des espaces de dialogue communautaire mis en place dans les 17 régions administratives du Mali, selon les informations communiquées par l’organisation. Ces cadres de concertation réunissent des jeunes, des femmes, des autorités locales, des leaders religieux et coutumiers ainsi que des représentants de la société civile.

L’objectif est de permettre aux différents acteurs d’analyser ensemble les problèmes auxquels leurs communautés sont confrontées et de rechercher des réponses adaptées aux réalités locales. Dans ces espaces, les jeunes peuvent jouer un rôle de médiateurs, sensibiliser les populations aux risques de violence, lutter contre la désinformation et encourager le règlement pacifique des différends avant qu’ils ne dégénèrent. Ces échanges contribuent également à favoriser la confiance entre les citoyens et les autorités locales.

Sur le terrain, des initiatives pour rapprocher les communautés

Au-delà des cadres de concertation, les actions des jeunes prennent différentes formes selon les besoins des localités. Dans les zones confrontées à des tensions entre agriculteurs et éleveurs, des comités locaux de médiation favorisent le dialogue afin de prévenir l’escalade des différends. Plutôt que de laisser les désaccords s’aggraver, ces mécanismes cherchent à réunir les parties concernées autour de solutions négociées.

Ailleurs, des rencontres entre les populations et les forces de sécurité visent à améliorer la compréhension mutuelle et à renforcer la collaboration sur les questions sécuritaires. Les jeunes s’investissent également dans le plaidoyer pour une participation accrue des femmes et des jeunes aux instances locales de décision. Pour eux, une gouvernance plus inclusive permet de mieux prendre en compte les préoccupations des différentes composantes de la société et constitue un levier important de prévention des conflits. L’accompagnement des personnes déplacées internes fait aussi partie des actions menées par AJCAD. À travers des séances de soutien psychosocial, les personnes affectées par les crises disposent d’espaces pour exprimer leurs difficultés, partager leurs expériences et recréer des liens de solidarité.

Ces initiatives rappellent que la consolidation de la paix ne concerne pas uniquement les négociations politiques ou les opérations sécuritaires. Elle passe aussi par l’accompagnement des personnes vulnérables, la restauration des liens sociaux et la reconstruction de la confiance au sein des communautés.

Des obstacles qui freinent l’engagement des jeunes

Malgré cette mobilisation, les jeunes artisans de la paix restent confrontés à de nombreux défis. L’insécurité complique les déplacements et limite parfois la mise en œuvre des activités communautaires. Certains jeunes engagés dans la promotion de la paix font également face à des menaces et à des intimidations.

À ces difficultés s’ajoutent le manque de ressources financières et matérielles, qui réduit la portée de certaines initiatives, ainsi que le chômage et l’insuffisance des perspectives économiques. Dans un contexte marqué par ces vulnérabilités, certains jeunes peuvent être davantage exposés aux discours extrémistes, aux manipulations et aux tentatives de recrutement par des groupes armés.

La médiation et le dialogue comme outils de réconciliation

Du côté de la Mission d’appui à la réconciliation nationale (MARN), la jeunesse occupe également une place stratégique dans la prévention des conflits et le renforcement de la cohésion sociale.

Pour Abdoul Majid Halidou, chef adjoint de la mission, les jeunes peuvent contribuer à rapprocher les communautés en favorisant les échanges et en dépassant les préjugés. « À travers leurs initiatives, ils favorisent les échanges interculturels, intergénérationnels et intercommunautaires, contribuant ainsi à déconstruire les stéréotypes et à promouvoir le respect mutuel, l’empathie et le vivre-ensemble », explique-t-il.

Ces initiatives créent des occasions de rencontre entre des personnes d’origines et de générations différentes. En travaillant ensemble autour de préoccupations communes, les participants peuvent mieux se connaître, confronter leurs points de vue et développer un sentiment d’appartenance collective. Cette approche repose sur une conviction : le dialogue peut contribuer à réduire les incompréhensions et à prévenir les tensions lorsqu’il est accompagné d’une écoute réelle et d’une volonté de trouver des solutions acceptables pour les différentes parties.

Former une jeunesse capable de prévenir les violences

Le renforcement des compétences constitue un autre axe d’intervention du ministère chargé de la Réconciliation, de la Paix et de la Cohésion nationale. Parmi les initiatives présentées figure la formation d’un groupe de cent jeunes formateurs spécialisés dans la médiation, la prévention et la gestion des conflits. Ces jeunes ont ensuite été appelés à transmettre leurs connaissances à d’autres jeunes dans plusieurs régions et communes du Mali. Les formations abordent notamment l’alerte précoce, la communication sensible aux conflits et la prise en compte du genre. Ces compétences peuvent aider les jeunes à repérer les signes de tension, à communiquer sans exacerber les divisions et à encourager des réponses adaptées avant que les différends ne deviennent plus difficiles à résoudre. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation sont organisées autour des valeurs de paix, de tolérance et de non-violence. D’autres initiatives complètent cette dynamique. Lancée en 2023, la Brigade citoyenne du Mali mobilise des bénévoles autour d’actions de civisme, de solidarité, de protection de l’environnement et d’assistance humanitaire. Des dialogues communautaires et intergénérationnels, des rencontres dans les universités consacrées au civisme et des journées de salubrité contribuent également à encourager la responsabilité collective. Le projet « Jeunes pour la consolidation de la paix », mis en œuvre notamment à Ségou et à Koutiala avec le ministère chargé de la Réconciliation, s’inscrit dans cette logique en cherchant à renforcer l’engagement civique et économique des jeunes. Ces actions montrent que la paix peut aussi se construire à travers des activités concrètes qui rapprochent les citoyens, encouragent la participation et développent le sens de l’intérêt général.

Faire confiance à la jeunesse pour construire une paix durable

Pour Abdoul Majid Halidou, l’engagement durable des jeunes passe notamment par une prise de conscience de leur potentiel et par la possibilité de participer activement à la transformation de leurs communautés. Le manque de moyens, les contraintes institutionnelles et la complexité des défis sociaux ne doivent pas, selon cette approche, constituer des motifs d’abandon. Ils soulignent plutôt la nécessité d’adapter les initiatives aux réalités locales, de mieux accompagner les acteurs de terrain et de renforcer les partenariats.

Toutefois, la mobilisation de la jeunesse ne peut produire pleinement ses effets sans un soutien durable. Les initiatives communautaires ont besoin de moyens, de formations, de protection et d’espaces où les propositions des jeunes peuvent être entendues. Leur engagement doit aussi s’accompagner de perspectives éducatives, professionnelles et économiques.

Dans un contexte où l’insécurité, les tensions sociales et la désinformation fragilisent les relations entre les communautés, les jeunes artisans de la paix rappellent que la cohésion sociale se construit dans la durée. En privilégiant le dialogue plutôt que la confrontation, la médiation plutôt que la vengeance et la solidarité plutôt que l’exclusion, ils participent à la recherche de solutions pacifiques. La paix durable ne peut reposer uniquement sur les institutions ou les forces de sécurité. Elle nécessite également l’engagement des citoyens et la participation effective des jeunes. Soutenir ces initiatives, reconnaître leur contribution et leur donner les moyens d’agir, c’est investir dans des communautés plus solidaires, plus inclusives et mieux préparées à prévenir les conflits.

H.Niangaly

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