À L’OUVERTURE DE LA SESSION D’AVRIL 2025 : Malick Diaw tire à boulets rouges sur les « mercenaires politiques » et rappelle les priorités de la Transition

Le lundi 7 avril 2025, lors de l’ouverture solennelle de la session d’avril du Conseil national de Transition (CNT) au CICB, le président de l’organe législatif de la Transition, le colonel Malick Diaw, n’a pas mâché ses mots. Dans une adresse aussi ferme que lucide, il a dénoncé avec une rare virulence ce qu’il qualifie de « mercenaires politiques », tout en réaffirmant les choix stratégiques de la Transition.
Dans un contexte où les débats politiques se radicalisent et où les réseaux sociaux deviennent l’arène des combats idéologiques, Malick Diaw a choisi de s’adresser frontalement à ceux qu’il décrit comme des acteurs politiques mus par des intérêts partisans et personnels. Pour lui, ces derniers sont plus enclins à « surfer sur les vagues de la démagogie » qu’à s’engager véritablement dans la reconstruction nationale.
Ces critiques, bien que non nommées, visent clairement une frange de la classe politique traditionnelle, dont les prises de position sur des sujets sensibles – notamment la taxation des services téléphoniques et du mobile money – ont récemment suscité polémiques et incompréhensions. Pour Diaw, ces prises de position sont non seulement « opportunistes » mais traduisent aussi un « désarroi politique » manifeste face à une Transition qui refuse de plier.
Les réformes fiscales comme acte de souveraineté
Sur la question des taxes téléphoniques, le président du CNT a défendu sans ambiguïté la politique fiscale du gouvernement de Transition. En rupture avec la logique d’assistanat, il assume une vision résolument souverainiste : « Nous mettre debout pour résoudre nous-mêmes nos problèmes est une exigence des temps actuels. L’heure n’est plus à la charité ».
Ce positionnement, bien que critiqué par certains, trouve un écho grandissant dans l’opinion publique. En effet, la récente amélioration de la fourniture d’électricité, mentionnée dans son discours, est l’un des résultats concrets salués par de nombreux citoyens. Il s’agit là d’un pas vers l’autonomie énergétique, mais aussi d’un signal que les recettes fiscales peuvent, si bien gérées, produire des effets tangibles.
La démocratie au cœur du discours : entre exigence et vigilance
Autre angle d’attaque dans l’intervention du président du CNT : la dénonciation d’une démocratie « pervertie » par des pratiques douteuses. En affirmant que « la démocratie ne rime pas avec les votes bâclés, surfacturés et inopportuns », Malick Diaw renvoie dos à dos les anciens gestionnaires du pouvoir, responsables selon lui des errements du passé, et les nouveaux prétendants peu soucieux des leçons de l’histoire.
Dans un Mali encore meurtri par les blessures de l’instabilité politique et sécuritaire, le rappel à une démocratie authentique, débarrassée des faux-semblants, prend tout son sens. Le colonel Diaw insiste : la transparence électorale doit être une exigence, et non un slogan. Cette assertion s’inscrit dans une dynamique où la Transition tente de restaurer la crédibilité des institutions républicaines.
Une Transition sous pression mais déterminée
Le message délivré au CICB n’est pas qu’un simple coup de gueule. C’est aussi une clarification politique dans un moment où les appels à un retour rapide à l’ordre constitutionnel se multiplient, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. La Transition est scrutée, parfois bousculée, mais elle affirme qu’elle garde le cap. Son objectif : sécuriser le pays, protéger les populations et jeter les bases d’un État fort et souverain.
Dans ce contexte, le CNT reste perçu comme « l’épine dorsale » de la Transition. En dénonçant les manipulations sur les réseaux sociaux et en appelant à la patience et à la résilience, Diaw trace les contours d’un projet politique centré sur le peuple, et non sur les calculs électoralistes.
Analyse : une fracture générationnelle et idéologique
Au-delà de la rhétorique, l’intervention de Malick Diaw met en lumière une fracture profonde au sein de la scène politique malienne : d’un côté, une nouvelle génération militaire investie dans la refondation, de l’autre, une vieille garde politique perçue comme disqualifiée par son passé de promesses non tenues et de gestion hasardeuse. Cette opposition traduit une reconfiguration du champ politique, où l’adhésion populaire se construit désormais autour de la souveraineté, de la refondation et du rejet des influences étrangères.
Alors que le pays se dirige vers une phase critique de son avenir institutionnel, les mots de Diaw résonnent comme une mise en garde mais aussi comme un appel : celui d’un sursaut national.
Oumar ONGOIBA



