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Lecornu à Matignon : entre continuité française et clin d’œil aux temps nouveaux du Sahel

Paris, 12 septembre 2025 – En nommant Sébastien Lecornu Premier ministre, Emmanuel Macron n’a pas seulement choisi un fidèle. Il a placé à Matignon un homme dont le profil résonne singulièrement avec l’air du temps, en France comme en Afrique de l’Ouest : celui d’un responsable politique marqué par l’univers militaire, au moment où le Sahel s’organise autour de l’Alliance des États du Sahel (AES), coalition assumant une gouvernance recentrée sur l’autorité et les forces armées.

Un profil plus militaire que politique

Lecornu est un habitué des cabinets ministériels, mais il n’a jamais eu la stature médiatique des grands orateurs. Sa force tient ailleurs : colonel de réserve de la gendarmerie, ministre des Armées depuis 2022, il est identifié comme un « homme du régalien ». La gestion de la Loi de programmation militaire et sa proximité avec les états-majors lui confèrent une crédibilité qui dépasse le champ politique traditionnel.

Une nomination qui interroge le rapport à la démocratie

Ce choix soulève une question : Macron a-t-il délibérément privilégié un profil sécuritaire, au détriment d’un chef de gouvernement issu d’une culture plus démocratique, parlementaire, voire sociale ? Dans un contexte d’Assemblée fragmentée et d’opinion méfiante, placer un homme de l’ordre à Matignon peut se lire comme une préférence pour la stabilité par l’autorité plutôt que pour la négociation politique au sens large.

Écho avec le Sahel et l’AES

Cette orientation trouve un écho particulier en Afrique de l’Ouest. L’Alliance des États du Sahel, née du rapprochement entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, revendique une rupture nette avec les modèles démocratiques importés. Le militaire y devient le pivot de la gouvernance, au nom de la souveraineté et de la sécurité. Que Paris choisisse un Premier ministre au profil militaire peut apparaître, vu de Bamako, Niamey ou Ouagadougou, comme un signe implicite : la France comprend que la donne a changé, et qu’au Sahel l’autorité uniforme prime désormais sur le pluralisme politique.

Entre nécessité et symbole

Certes, Lecornu reste un responsable civil, loyal au président et rompu aux mécanismes de l’État. Mais la symbolique est forte : dans une période où les démocraties vacillent, où les régimes autoritaires ou militaires gagnent en légitimité, Emmanuel Macron a choisi de placer au cœur de son dispositif un homme qui parle ce langage de force et de discipline.

Oumar ONGOIBA

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