Il faut le dire

Et maintenant ?
En moins de 24 heures, le paysage politique malien a basculé. Après la promulgation de la loi abrogeant la Charte des partis politiques et le Statut de l’opposition, un décret présidentiel est venu, le 13 mai 2025, prononcer la dissolution pure et simple de tous les partis politiques et organisations à caractère politique sur l’ensemble du territoire national.
Une page est tournée. Mais aussitôt surgit la question fondamentale : et maintenant ?
Le gouvernement est désormais attendu sur un terrain plus délicat : celui de la construction d’un nouveau cadre politique. Il devra proposer une architecture respectueuse de la Constitution, mais aussi à la hauteur des espérances placées dans la Transition : rupture avec les pratiques anciennes, moralisation de la vie publique, et refondation des institutions. Mais alors, qui rédigera ce nouveau cadre ? Et surtout, selon quels principes, et avec quelle représentativité ?
La rapidité des événements montre une volonté d’agir, de reprendre la main sur un champ politique jugé déconnecté des aspirations populaires. Mais cette recentralisation du pouvoir, aussi assumée soit-elle, appelle des clarifications. S’agit-il d’une phase transitoire, destinée à poser les bases d’un nouveau départ démocratique ? Ou d’une redéfinition plus durable de la manière dont le pouvoir s’organise au Mali ?
Autre question cruciale : quelle place sera laissée à la diversité d’opinions, au débat contradictoire, aux expressions collectives ? Car si les partis sont aujourd’hui juridiquement inexistants, les idées, elles, demeurent vivantes. Il faudra bien leur donner un espace, un cadre, une reconnaissance.
Le processus de refondation politique ne pourra se limiter à un silence institutionnel ou à une gestion technocratique du vide. Il devra répondre à une exigence de clarté et de confiance : quels mécanismes garantiront la transparence dans la rédaction de la nouvelle loi ? Qui y participera ? Comment éviter que les erreurs du passé ne reviennent sous d’autres formes ?
Ce moment de transition soulève plus de questions qu’il n’apporte encore de réponses. Mais l’histoire retiendra comment elles auront été abordées. Et maintenant ? Le peuple malien attend des signes.
…Sans Rancune
Wamseru A. Assama



